
En cette période estivale, le marché immobilier semble marqué par une accalmie temporaire. Malgré des indicateurs globalement au vert, stabilité des prix et des taux d’intérêt, les notaires restent prudents et soulignent un attentisme persistant du côté des acquéreurs.
Un air de déjà-vu sur le plan conjoncturel
Ce climat d’attente n’est pas sans rappeler la situation de l’année précédente. À l’époque, les élections avaient jeté une ombre d’incertitude sur le marché, sans qu’aucune crise majeure ne survienne par la suite. Aujourd’hui encore, malgré les défis budgétaires (notamment les 40 milliards d’euros à trouver pour l’équilibre des finances publiques) et les tensions géopolitiques, aucun choc brutal ne semble imminent.
Sur le plan économique, les nouvelles sont d’ailleurs plutôt rassurantes. Fin juin 2025, l’inflation reste contenue, avec des hausses limitées dans les secteurs des transports (+2,9%) et du logement (loyers, eau, ordures : +2,6%), tandis que des baisses notables sont observées dans l’énergie (-6,7%) et les communications (-12,1%). Les taux de crédit immobilier restent stables depuis trois mois, tout comme l’OAT à 10 ans (3,20%), servant de référence au marché.
Une dynamique de marché en perte de vitesse
Malgré ces facteurs favorables, les professionnels constatent un net déséquilibre entre l’offre et la demande. À Rouen, Julien Saint-Pierre, notaire, résume la situation : « Les volumes des ventes sont en baisse, les prix reculent malgré la baisse des taux, les délais de vente s’allongent, et les stocks de mandats augmentent ». Résultat : les négociateurs sont devenus nettement plus prudents. La part des notaires optimistes a chuté de 34,2% à 3,1%, tandis que celle des pessimistes grimpe à 43,8% (contre 15,8% précédemment).
Une récente étude du ministère du Logement met en lumière le comportement d’attente des vendeurs : 55% d’entre eux ne sont pas pressés de céder leur bien, espérant de meilleures conditions. Seuls 15% cherchent une revente rapide, souvent à la suite d’une mutation à titre gratuit. Les 30% restants conditionnent tout nouvel achat à la vente préalable de leur résidence actuelle.
Côté acquéreurs, le marché est également segmenté : un tiers sont des primo-accédants, contraints par une mensualité plafonnée, tandis qu’un autre tiers reporte sa décision à la vente d’un bien existant. Cette inertie freine la dynamique générale du marché, notamment pour les projets de changement de résidence principale.
Un marché locatif en retrait
Entre 2004 et 2024, les prix des logements anciens ont doublé, tandis que les loyers n’ont progressé que de 33%, soit en deçà de l’inflation. Ce décalage explique le désintérêt relatif pour l’investissement locatif, qui ne concerne plus que 20% des acquéreurs, l’arbitrage avec d’autres placements étant souvent défavorable. Toutefois, depuis un an, les prix semblent s’être stabilisés. Après une baisse de 2,1% en 2024, ils ont progressé de 1% au premier semestre 2025.
Pour les deux mois à venir, les avis des notaires se divisent : 54% anticipent une stabilité des prix, contre 46% qui redoutent une baisse. Fait marquant, cette dernière proportion n’était que de 24% deux mois plus tôt.
Vendre avant d’acheter : la prudence s’impose
Dans ce contexte incertain, les notaires recommandent la plus grande prudence. Pour 88% d’entre eux, il est préférable de vendre un bien avant d’en acheter un autre, un conseil quasi unanime et stable depuis la précédente enquête.
S’agissant des terrains constructibles, les opinions sont plus nuancées. La perspective d’une nouvelle loi sur la simplification du droit de l’urbanisme, en préparation depuis avril à l’Assemblée nationale, pourrait à terme faciliter la construction de logements et raviver l’intérêt pour ce type d’actif.